ARTISTES Présents à l'exposition OUTSIDERS (Mauriac, 2011)

  • AMATE Miguel (Espagne)

    Pour résister à l'ennui d'une éducation militaire et religieuse, il prend l'habitude de dessiner dès l'âge de 7 ans. Adolescent il quitte l'école, exerce divers métiers, travaille dans des discothèques.
    Il vend ses premières peintures en 1956 et entre aux Beaux-arts de Madrid en 1962. En 1966 Miguel AMATE s'établit à Stockholm comme décorateur au ministère de la culture suédois. Après un passage en Angleterre où il vend des œuvres au collectionneur Walter Husley, Mais c'est à Paris, dans le Marais, où il s'installe en 1969, que Miguel Amate trouve finalement le climat lui permettant de s'exprimer.
    Miguel AMATE s'est fait connaître par ses poupées géantes, réalisées à l'aide de chiffons et de divers accessoires qui lui tombent sous la main : capsules de bière, vieux clous, épingles à nourrice, badges, jouets cassés, etc.. Elles provoquent comme les figures de Lindner : string, loup, fard et seins volumineux. Il appelle son travail, non Art Brut mais Art Brutal.
    Dans un désordre hétéroclite, Amate récupère toute la pauvre pacotille du quotidien qu'il amalgame à ses créatures afin d'obtenir des ambiances particulières, ambiance de guerre, d'accident, d'érotisme ou de faits divers.

  • AZEMA Philippe

    Philippe Azéma mène deux vies parallèles : ouvrier agricole le jour, artiste le reste du temps. C'est une nécessité intérieure qui le pousse dans son atelier du Tarn pour dessiner et peindre ; il travaille à plat sur du papier ou de vieux draps marouflés dans des formats qui, depuis une dizaine d'années, peuvent atteindre 4 mètres sur 2, voire davantage.
    Devant ses œuvres, nous avons l'impression de faire un bond en arrière de dizaines de milliers d'années, les similitudes avec l'art pariétal (ou rupestre de façon générale) apparaissant assez nettement, par les sujets : êtres humains, animaux, signes divers et par la technique : peinture en à-plat, silhouettes de profil, absence de ligne d'horizon, éléments juxtaposés sans souci de l'échelle, palette limitée (la sienne est jaune, noire et rouge).
    Cependant, la préhistoire de Philippe Azéma est entièrement imaginaire. Nos lointains ancêtres dessinaient de vrais animaux, ceux de l'artiste, entièrement noirs, sont fantastiques, issus de nos cauchemars, de contes à faire peur ou de légendes comme celle de la bête du Gévaudan. Sur un fond jaune, son espace, délaissant la simplicité de la peinture rupestre, est saturé de silhouettes, noires elles aussi, en files sinueuses, en strates délimitées par des lignes courbes ou disposées de façon apparemment aléatoire ; de très nombreux signes émaillent le tableau, comme des rébus. Certains détails peuvent parfois évoquer une Afrique fantasmée.
    Philippe Azéma utilise l'acrylique, le feutre, l'encre, l'huile, matières modernes mais surtout il introduit, dans une esthétique (faussement) archaïque, des références très contemporaines : contours flous comme des taches d'encre éclaboussant la toile, graffiti représentant des maisons, des personnages dans lesquels il fait passer une touche d'humour : une silhouette de femme tient par la main un enfant tenant lui-même un animal étrange, une vignette de BD ; le «magasin Titi» invite les clients à entrer ; il ajoute aussi des phrases, en français, souvent surprenantes, «j'ai commandé une jambe de bois» ou dans une langue inconnue et quand on demande à cet artiste discret, secret même, d'où vient son étrange civilisation, il répond qu'il transcrit simplement des rêves, des cauchemars, des souvenirs vécus, des images.

  • CHACON-AVILA Ester (Chili)

    Biographie à venir

  • CHESNE Jean-Michel

    Né à Paris en 1959, Jean-Michel Chesné dessine et peint depuis bientôt 30 ans. C'est en effet au début des années 80 qu’il se passionne pour l’art mais sa visite au Palais Idéal du Facteur Cheval à Hauterives en 1992 sera un véritable choc qui orientera définitivement son goût vers l’Art Brut et aura une incidence radicale sur son travail. C’e st un autodidacte dont le travail a pris une tournure particulière car depuis quelques années, il produit des dessins à l'encre blanche qu’il appelle lui-même «Dessin-dentelles». On y découvre desanimaux et des êtres hybrides issus d'un imaginaire fantastique ; Des silhouettes d’où émanent une vibration, une tension dynamique entre le noir et le blanc ; le contour très découpé, sinueux en même temps, montre des personnages totémiques complexes parfois en mouvement dont l’intérieur organique ne contrarie pas la grâce de l'ensemble. Cet artiste développe ainsi un univers alliant le païen et le sacré dans lequel évolue tout un peuple fantasmagorique de créatures inquiétantes et séduisantes à la fois, émergeant du plus profond de lui-même, dans un état particulier entre concentration et rêverie.
    A noter également que Jean-Michel Chesné est l'auteur, à l'arrière de sa maison de Malakoff, d'un jardin de mosaïque ainsi que d'une grotte-chapelle.

  • CHOMO

    Biographie à venir

  • CHRISTOPHE

    Depuis le jour où il a exhumé son premier bout de bois, sa première ferraille archéologique, Christophe est devenu assembleur d'idées, d'histoires et d'humour. Dans son atelier-laboratoire, les vieux outils et autres matériaux oubliés abandonnent définitivement leur ancienne carrière pour rallier un monde singulièrement revisité, avec ses mythes, ses chimères, sa faune, ses humains.
    Ses sentiments, ses abstractions, ses trouvailles, ses illuminations, ses illusions? Trop de discours pourrait nuire à l'exploration de cet imaginaire franc et sans chichi, où la poésie tient souvent la porte à la drôlerie. L'amateur découvrira à son gré les sculptures de cet artiste, qui œuvre loin des modes et des théories.

  • PP Doñate  (Espagne

    La première fois que j’accroche quelques peintures de Pépé Doðate à mes cimaises, je ne connais ni l’homme, ni où il habite, ce qu’il fait, ce qu’il ne fait pas... Je ne sais rien de lui. Sa peinture, je la découvre. J’ai tout juste terminé mon accrochage qu’un collectionneur, de passage, s’arrête, subjugué par l’étrangeté de l’œuvre. Bien sûr, il veut en savoir plus, me questionne, veut tout connaître de cette création, de la vie de l’artiste... Ce jour-là, bien que n’ayant rien bu, j’étais sûrement dans une forme exceptionnelle... puisque je me mis à inventer la vie de Pépé Doðate...
    Le plus grand peintre actuel de la peinture espagnole en ce début de siècle... Il a exercé toute sa vie le métier de coiffeur, en particulier dans les studios de cinéma de Madrid... il devint ainsi le coiffeur attitré d’Almodovar. Parallèlement à son métier qui lui permet de vivre confortablement, il peint, sans relâche, toutes les nuits, dans une boulimie dévorante, obsédante. Jamais il ne montre ses peintures, il crée en grand secret ; même ses proches ne le savent pas. C’est lorsqu’il prend sa retraite qu’il se décide enfin à exposer, à confronter ses œuvres à celles d’autres créateurs ; il se risque à la critique et se lance... Première exposition à Madrid, succès fracassant, toute « l’inteligentia », tout le monde du cinéma sont là ; en un soir, il devient la coqueluche de la « movida », Almodovar est le premier à acheter plusieurs tableaux...
    Pourquoi cette fable ? Certainement pour donner le relief et l’éclairage nécessaires à l’authenticité de l’œuvre de Pépé Doñate : il peint sans complaisance, sans le souci de plaire ni de vendre, il peint car il a en lui cette liberté créatrice qui fait la différence entre les hommes. Le résultat témoigne d’un talent certain et d’une habileté outrancière, tant dans le dessin que par la peinture. Les épaisseurs, les matières – aux couleurs de terres – nous invitent à remonter le temps, l’histoire des cultures primitives, à partir à la recherche de nos racines, de nos ancêtres... le peintre devient archéologue, le peintre devient philosophe. Pépé Doðate peuple ses mondes d’animaux incertains, souvent éloignés de la réalité, propices à peupler les grottes de nos rêves et les contes pour enfants, des animaux qui font peur aux adultes ! Le « lobito » (« petit loup ») n’est-il pas prêt, tel un prédateur de la pire espèce, à nous dévorer comme nous dévore notre société ? Le « torito » (« petit taureau ») à en faire tout autant avec les détracteurs de la corrida s’il avait des dents de carnassier... Le peintre rentre dans son atelier comme le « maestro en el ruedo » (« le torero dans l’arène ») : la corrida peut commencer ; armé de son pinceau, il livre un combat diabolique à la toile blanche, va même jusqu’à rajouter du sable dans les épaisseurs pour être plus en symbiose avec l’arène. Les touches de peinture sont, parfois, subtiles, les harmonies tendres et sensuelles, mais le ballet ne serait pas parfait sans les accents violents, agressifs, nécessaires au duel... d’un côté l’homme et de l’autre le créateur, l’homme deviendra-t-il créateur et inversement ? Mais le moment de l’estocade finale approche, le peintre va-t-il tutoyer Dieu ? Le résultat est là, la toile pèse, elle est lourde des matières qui la recouvrent et des couleurs qui nous inquiètent ; ces couleurs nous les connaissons, mais elles ne sont pas forcément là où nous les attendions. Les « bleus » de Pépé sont de vrais « bleus », mais on ne les croise nulle part, les « bruns » sont déclinés avec une extrême tendresse...et, en fait, le peintre est très économe en couleurs, juste ce qu’il faut pour nous surprendre. Le bestiaire – imaginaire ou non – est son thème favori, mais, au fil des saisons, les thèmes se succèdent : au bestiaire succède la corrida qui peut être suivie des guitaristes et danseurs de flamenco... le temps de Pépé s’écoule ainsi, au fil des thèmes, des toiles, des papiers..., des papiers et des toiles... « Ola Pépé, dibujame un torito ! » (« Dis Pépé, dessine-moi un petit taureau ! »)

  • FARAVEL Marie-Jeanne

    Marie-Jeanne la Filandière ou le monde enchanté des fractales.
    De quelle conjuration fondamentale, de quelle source sa quenouille a-t-elle jailli ? Mue par une connaissance intuitive, la démarche de Marie-Jeanne s'inscrit irrésistiblement dans le monde enchanté des fractals découverts, il y a quelque quarante ans, par le mathématicien Mandelbrot. Grâce à ce savant la fractalite du chant grégorien, des rythmes pigmés, du givre, des fougères, des réseaux pulmonaires, de la musique de Mozart, etc. nous est révélée. Mandelbrot nous apprend aussi que tout ce qui est fractal s'inscrit dans un espace à 3,3 dimensions. Mais pour en savoir un peu plus sur les fractales, c'est-à-dire sur Marie- Jeanne, plongeons dans la création de notre filandière. Du plus profond de sa psyché sauvage notre amie prêtresse secrète et déroule à l'infini le fil fabuleux de la création du monde. Echappant à la pensée dualisante Marie-Jeanne recueille le passé, l'avenir, le manifeste celé. S'impliquant totalement, elle capte tous les signaux où sont inscrites les correspondances subtiles et par la même, elle nous révèle l'ordre intime du chaos. De son fil étrange qui jamais ne se brise, la vie jaillit en perpétuelle métamorphose, s'emboîtant, se brassant, se dynamisant comme obsédée par la réconciliation universelle : minéral grondant, algues malicieuses, poulpes en transe habillés de fleurs, hybrides aux délicates attaches s'appuient, attentifs et émerveillés sur les puissantes forces chtoniennes des gigantesques serpents crachés par le big bang size:
    Depuis lors, à travers le cosmos fuse une musique profonde et rythmée, le chant de l'espace. J'approche de mon oreille un dessin de Marie-Jeanne ...Le même chant s'en échappe....

  • HAAS Kurt  (Suisse)

    Kurt HAAS est autodidacte, il commencera à peindre à l’âge de 40 ans. Ses premières œuvres sont abstraites, géométriques, puis peu à peu deviennent surréalistes. En 1983, comme il aime à le dire lui-même, « il a la liberté dans sa tête », débutera alors une création des plus originales sur papier, en petits formats, sur papiers de récupération, au stylo bille, aux crayons de couleurs, à l’aquarelle, représentant un monde imaginaire grouillant d’animaux, de têtes, de monstres, de paysages merveilleux, ...
    Ce voyageur infatigable se promène toujours avec un harmonica dans sa poche ; ainsi, il peut jouer du blues aussi bien qu’il dessine sur un coin de table ou sur un menu de restaurant. Regardez bien, de près, ses dessins, Kurt est un poète, épris de liberté.
    Il figure dans la Collection Neuve Invention de Lausanne, depuis 1986. Il expose dans le monde entier, en particulier aux Etats Unis où son succès est immense.

  • LORAND Joël

    Joël Lorand travaille souvent par séries, épuisant un même thème en variations innombrables. Prolifération, saturation. Les lignes, les visages, les signes, les personnages mangent la toile de bord à bord. Ses Poupées à la denture agressive enferment dans leur robe-ballon une multitude de crânes-avortons. Dans Tout fout le camp, une fillette aux quatre mandibules si vide d’un liquide amniotique peuplé de monstres. Une femme-Libellule, bouche en cœur, hiératique face aux agressions des démons, incarne Un Monde presque parfait. « Je suis un Janus bourré de contradictions ».
    Dans l’œil de braise, une lueur de malice. « On peut voir dans mon travail la dualité du beau et du laid, du Bien et du Mal, de la vie et de la mort, du microcosme et du macrocosme, de l’inframonde et du supra monde ». Les Personnages floricoles trouvent leur origine dans ces portraits de femmes, « il y a une filiation entre ces deux périodes. J’ai voulu développer ce tissu présent à l’intérieur des ventres qui, peu à peu, est devenu le tableau ».

  • PLAZA   Amadeo

    AMADEO Plaza peint à l'acrylique ou au crayon de petits formats - 10 x 9 cm - sur du carton de récupération, emballages de produits alimentaires ou de paquets de lessive. Sur ces petites surfaces, il installe de véritables scènes théâtralisées qui se jouent souvent devant un rideau formant le fond du tableau ; le dessin est précis, sûr, montrant qu'il n'a rien oublié de son passage aux Beaux-arts dans sa jeunesse.
    L'exiguïté de l'espace donne inévitablement une impression d'étouffement : on aurait envie de donner de l'air à ces personnages tassés, minuscules mais le choix de ce format est déjà une indication sur l'univers de l'artiste, un univers sombre et refermé sur lui-même. N'étant pas lisible immédiatement, chaque tableautin demande un regard attentif ; nous découvrons alors des soldats en demi-cercle tirant sur un squelette, des passagers d'un bus aux têtes de mort, visions noires teintées d'humour, humour aussi absurde dans ce dessin qui montre un personnage tenant une grosse sucette sphérique rose au bout
    d'un bâton, la tête du personnage étant l'exacte réplique de cette friandise. De nombreux détails érotiques parsèment les compositions, des femmes nues présentes ici et là sans raison apparente, des organes masculins dissimulés dans un montage surréaliste, érotisme sans joie sur lequel l'artiste porte un regard plutôt ironique. D'autres scènes sont plus énigmatiques : une femme, habillée d'une immense robe blanche formant comme un lit, n'a pas de bras pour accueillir l'enfant qui lui tend les siens ; mère ou déesse ? Parfois, la cruauté se fait plus frontale : une corrida, un torero poignardant un taureau dressé devant lui, une exécution ; de toute façon, aucune compassion ni tendresse ne vient atténuer le malheur des hommes, selon l'expression d'Amadeo Plaza ; seul, l'humour noir et le sens de l'absurde permettent de ne pas sombrer tout à fait dans le désespoir et d'établir un lien entre cette œuvre et nous.

  • RENO Jesse  (Etats Unis)

    Jesse Reno habite et travaille dans son studio à Portland, dans l’Oregon (USA). C’est un artiste primitif contemporain et narratif abstrait. « Primitif contemporain » du présent, c'est-à-dire qu’il cherche à atteindre, à travers l’introspection, une connaissance basique des choses à partir d’une connexion entre les idées, les idéaux et les rêves plutôt qu’une connaissance institutionnelle et technologique basée sur les détails. « Narratif abstrait », c'est-à-dire qu’il présente une narration visuelle dérivée de l’interprétation de créations faites d’action intuitives comme par exemple des figures abstraites, des formes et des émotions. Il s’agit pour Reno de suivre un processus sans organisation préconçue, fait de pensées et de sentiments qui se suivent et deviennent des idées. En changeant de direction au fur et à mesure que les formes émergent il parvient à une idée libérée de tout jugement, quelque chose de vrai pour soi et en soi.
    A partir de ce monde du mythe personnel, une iconographie, des symboles et des êtres sont créés. C’est en observant ces créations qui émergent et en prenant note de leur transition et de leur signification finale, que l’on peut apprendre à comprendre ce qui a été déclaré. A travers cette compréhension, on peut voir la synchronisation de moments et de coïncidences de la vie. Une narration visuelle où l’environnement, l’être et la compréhension viennent tous de l’interprétation de ce même journal visuel. Une histoire, une croissance et un destin propre.
    Dans la dernière série de tableaux de Jesse Reno, des êtres shamaniques se débattent pour trouver leur place dans un monde qui est à la fois au bord de l’expansion et de la ruine. Des animaux totems et des silhouettes d’américain natifs renvoient la mémoire de personnes qui ont vécu en union avec la nature. Marquées par des symboles, ces formes cherchent leurs rêves dans la croissance des arbres et dans le passage des esprits. Lancés dans une quête de définition identitaire, elles collectent des plumes et des reliques laissées par des rencontres et des vies passées. Elles apprennent à transcender les limites du monde rationnel et évoluent en un collage de ce qu’elles sont devenues et de ce qu’elles ont rencontré.
    Dans ce corps d’œuvre, Reno nous présente un voyage passant par l’intériorité et menant vers l’extériorité. Il explique : « Si l’on évolue sagement, nos rêves continueront à grandir après notre mort. C’est l’histoire qui me fait dire cela, le poids la vérité personnelle en dépits de ses résultats. Mon travail n’a d’autre motif que de montrer une bataille interne pour l’expression : simple et directe, ouverte à l’interprétation, toujours avec un but. Les mots mal orthographiés sont laissés comme trace de la réflexion vraie, du fil décousu de la pensée qui guide chaque jour. C’est mon expression... Plus de 200 fois cette année j’ai peint des couches quelconques d’introspection personnelle et de visualisations qui grandissent au fur et à mesure des essais et des erreurs. Les peintures s’épaississent avec un objectif, alors que le temps passe avec chaque nouvelle pensée, chaque couche créée, repensée, ré identifiée et testée jusqu’à ce qu’elle soit vraie ou disparaisse. »

  • SABAN Ody

    Artiste française, Ody SABAN, née en 1953 à Istanbul, vit à Paris depuis 1977. Avec une éducation des trois religions monothéistes, sensible à la condition féminine, en 1977 et 1978, elle crée à Paris deux groupes d’artistes autodidactes «Singulières Plurielles» et «Art et Regard des femmes». En 1983 elle rentre au premier squatte artistique Parisienne. Toujours à Paris, en 1986, elle ouvre le premier squat artistique mixte « Art Cloche II ». En 1980, elle effectue un long séjour à New York. En 1990, elle rejoint le groupe de Paris du mouvement surréaliste animé par Vincent Bounoure.
    Ody Saban qui est également poétesse, explore divers formes d’expression : peinture de chevalet, dessin, aquarelle, sculpture, installation ainsi que la performance. Si Ody Saban participe à de nombreuses aventures collectives, ce n’est jamais au point de se fondre dans un anonymat réducteur, son œuvre clame au contraire la singularité de son art. Elle a toujours pu garder sa créativité primitivisme moderne et autodidacte. Son parcours artistique est aussi en relation avec des préoccupations politiques, et elle mène une réflexion théorique sur son travail.
    L’œuvre d’Ody Saban entretient un rapport fusionnel avec son sujet : la vie. C’est pourquoi, en ce moment où l’art entreprend de se ré humaniser, elle doit être présentée comme exemplaire. « Guerrière – amoureuse », elle capte à elle seule et met en forme toutes les passions, les amours, les révoltes du monde. Nourrie de toutes les cultures intensément vécues de l’intérieur, son œuvre est, comme le dit Michel Lequenne « une grande œuvre cosmologique, chargée d’utopie rassurante contre toutes les forces de mort ».
    Ses œuvres se trouvent dans plusieurs musées et collections.
    Entre autres à : American Visionary Art Museum, Baltimore, USA, Musée de l’Art Brut à Lausanne, Collection Folk Art Museum à New-York, Musée de la Création Franche à Bègles, Musée Charlotte Zander à Bönnigheim en Allemagne, Collection L'Aracine au Musée Moderne Villeneuve d'Ascq, Collection FRAC et Ville de Paris, etc.

  • STAËLENS Ghyslaine et Sylvain

    L'univers de Ghyslaine et Sylvain Staëlens s'est mis en place depuis qu'ils se sont installés en Auvergne ; la rencontre s'est faite entre un paysage extérieur et un monde intérieur qui leur est commun. Ce paysage dur, ingrat, sans âge, les a dépouillés d'une modernité superflue et leur a permis d'explorer un imaginaire enfoui ; la Terre est leur élément et ils lui empruntent des matériaux qu'ils collectent dans leurs promenades ou qu'ils travaillent après récupération. En même temps, ils ont mis au point leur manière de travailler, en osmose totale, sans que l'on puisse démêler ce qui vient de l'un ou de l'autre ; tout se fait sans heurts, l'un continuant la sculpture que l'autre a commencée.
    Ghyslaine et Sylvain Staëlens réalisent des bas-reliefs, des totems, des poupées, des animaux, assemblages complexes et savants de branches et de branchages, de pierre volcanique broyée, de fil de fer et de tissu le tout recouvert de sable rouge local, collé, donnant à l'ensemble un aspect rouillé. Leurs créations provoquent d'abord un choc proche de la sidération par leur force et leur présence : les totems, issus d'on ne sait quelle civilisation primitive, impressionnent par la sévérité et parfois l'hostilité qui s'en dégagent ; même bienveillants, ils vous regardent si
    intensément qu'on ne peut les ignorer.
    Dans les bas-reliefs, l'on retrouve le même effet de métal rouillé, de terre aussi mais cette fois devant des figures exprimant la souffrance, bouches béantes ouvrant sur le vide, yeux vides, corps tordus dans des entrelacs d'organes qui semblent pétrifiés, toujours entravés par des liens nombreux et inextricables, scènes de chasse cruelles, enfants confrontés eux aussi à l'horreur ; l'ensemble repose sur un fond également composé d'entrelacs et entouré de
    fragments hérissés ; c'est l'enfer de Dante mais l'enfer sur terre, même les anges, il y en a, semblent étonnés d'avoir des ailes !
    A la manière des civilisations africaines ou précolombiennes, totems, bas-reliefs et poupées semblent fonctionner comme des objets magiques à la fois chargés d'exorciser tous les maux qui nous menacent et de symboliser la force de l'esprit, par la création même.

  • URSIN Catherine

    Que de la récup’ : métal sous n’importe quelle forme, bidons, boîtes de conserves, capots de voiture et autres ferrailles et puis ficelle, os, dépouilles de petits animaux sans compter les huiles et peintures de rebut. Après avoir passé un certain temps devant le monde virtuel de l’ordinateur, Catherine Ursin a éprouvé le besoin impérieux de retrouver les matières naturelles et organiques. Pour elle, la création est d’abord une activité physique, une lutte avec la tôle coupante qu’elle découpe, entaille, agrafe après l’avoir laissé vieillir, rouiller au besoin, la patine seule ayant une âme et permettant de surcroît des effets esthétiques.
    Ses sujets : l’humain et l’animal, souvent les deux ensemble, aux temps mythiques où ils étaient complémentaires et indissociables ; leurs rapports sont étranges : dans L’emporteuse d’hommes , c’est l’animal qui a ingurgité un homme à l’état de squelette ; mais dans La femme-oiseau, c’est la femme qui abrite un oiseau dans son ventre, des omoplates de lapin lui fournissant ses ailes ; Les pêcheurs, eux, montrent des oiseaux aux expressions très humaines et cette familiarité entre l’homme et l’animal nous apparaît finalement naturelle.
    Longues chevelures dans le vent, corps en mouvement, bras et jambes dépliés, chaque scène est dynamique, vivante, en contraste avec la dureté des matériaux et leur agencement. Dans la fermeté et l’énergie qui la caractérisent, Catherine Ursin dépouille ses œuvres de toute sentimentalité, les humains sont nus, seins marqués et sexes en évidence, à l’érotisme affirmé.
    Pas de manichéisme dans cette œuvre très inventive et très forte, Catherine Ursin préfère cultiver l’ambiguïté et les contrastes, plus riches et plus féconds. Ainsi, récemment, ses boîtes : Le temps passe, un mulot dans le ventre d’un personnage féminin – sorte de déesse du Temps – entraîne un mécanisme qui le fait tourner au fil des minutes ; Secrets d’enfance, silhouette à l’envers, ventre ouvert sur ses mystères, malaises de l’enfance ; scènes où passe une certaine mélancolie, cet état incertain entre joie et tristesse : univers d’une étrange et puissante poésie.